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PRÉSENCES DE L'ABSENCE ET PRÉSENCES DE L'ESPOIR

L'éducation musicale - lettre d'information n°56

››› 01/02/2012

par Sylviane Falcinelli

On respira une grande bouffée de talent à l’écoute des membres de l’Ensemble Zellig... Autant la flûtiste Anne-Cécile Cuniot constitue l’un des atouts de Zellig, aussi séduisante par la maîtrise des modes de jeu que par la rondeur expressive de sa sonorité ; ses camarades ne lui sont en rien inférieurs : le violoniste Marc Vieillefon, la violoncelliste Silvia Lenzi, le clarinettiste Étienne Lamaison, et le pianiste Jonas Vitaud qui fit montre d’un toucher infiniment délicat dans la ciselure et d’une présence puissante par ailleurs.

En effet, l’Ensemble ZELLIG passait du travail de délicatesse minimaliste requis par Naipes de Strasnoy et Sinfonien de Vincent Manac’h, à l’inexorable violence de Gallop du Japonais Masakazu Natsuda, l’œuvre la plus personnelle et la plus... frappante (au propre comme au figuré) de cette programmation contemporaine, d’un impact aussi physique qu’une séance d’arts martiaux, et conduite comme telle par le compositeur.

Ce concert offrait en seconde partie une interprétation d’anthologie du Pierrot lunaire de Schoenberg sous la direction d’Oscar Strasnoy lui-même avec Ingrid Caven en diseuse de cabaret. Débarrassée de tous les débats conceptuels qui s’affrontèrent, de Schoenberg à Boulez, autour de la manière de traiter le Sprechgesang, la lumineuse vision des artistes de ce 15 janvier 2012 ramenait l’œuvre à ses sources, c'est-à-dire à une déclamation de cabaret enracinée dans une époque où la diction même des acteurs de théâtre parlé se moulait sur des effets mélopéiques et des modulations dynamiques aujourd’hui tombés en désuétude.
La voix d’Ingrid Caven passait de miaulements en griffures, d’accents de tragédienne en minauderies de petite fille, au gré de poèmes dont on redécouvrait la portée symboliste autant que l’expressionnisme.
Tous les instrumentistes de l’Ensemble Zellig apportèrent à cette partition, si souvent condamnée à l’aridité par les interprètes des générations antérieures, la fraîche jeunesse d’un regard, l’intégrant désormais à l’échelle de l’histoire, donc, capable de la parer avec liberté du plus attentionné modelé dans le galbe de la musicalité des lignes.
Du coup – effet non désiré par les programmateurs, j’imagine – Pierrot lunaire imposait son indétrônable modernité, frottée aux sinuosités des virages esthétiques, par-delà les balbutiements de jeunes compositeurs qui n’auront ni son audace révolutionnaire, ni son universalité pour résister au passage du temps.